Alexia prit une profonde inspiration, puis lança un bref regard en direction de ses coéquipiers. Tous observaient l’équipe adverse avec un calme désarmant. L’angoisse n’était pas permise. Seule comptait la victoire. Vis Potentia Est.
Tous redressèrent finalement la tête, et l’hymne des Mortarion retentit avec force dans la pièce.

Nous sommes les Mortarion,
On a de l’ambition,
On vit notre passion,
Ensemble nous gagnerons.

Nous suivons son exemple
A travers sa puissance,
Nos sorts ne font qu’un
reliés par le destin.

Endurcis par le froid,
On a la force de vaincre.
Sur le terrain nous ne faisons qu’un !

Musique : Hymne soviétique

Partager :
Temps de lecture : 1 minute(s)

L’Histoire du fondateur de la maison Mortarion se perd dans les méandres du passé à une époque où la transmission était encore majoritairement orale et où les mythes et les légendes se fondaient dans la réalité. Les vestiges qui nous sont parvenus sont maigres et souvent incomplets. Tout ce dont on est certain c’est qu’en 478, Dagmar Mortarion unit ses forces avec trois autres illustres magiciens pour fonder le Circulum Magicae, vulgairement appelé le « Cercle Magus » de nos jours, dans le petit bourg de Mons Cornutus, afin d’y former les praticiens des arts occultes à l’abri des pouvoirs politiques et religieux de cette époque.

Selon les légendes Dagmar Mortarion est originaire de Scandinavie, probablement la Suède comme le laissent supposer les sources les plus anciennes. Il y vivait modestement avec sa famille. On sait qu’il possédait un frère et une sœur mais leurs noms ont été oubliés avec le temps. Ses parents Björn et Brynja étaient des skaldes, des guérisseurs-poètes nomades très répandus à l’époque dans cette région du continent. Tous avaient la particularité d’avoir les yeux vairons, l’un saphir, l’autre jade. Cela leur valait une mauvaise réputation expliquant leur mode de vie. Ils ne restaient jamais plus de quelques jours au même endroit. Peu importe, la famille s’en accommodait avec plaisir, traversant les villages pour y jouer les grandes Eddas où pour y apporter des soins à qui en avait besoin. À quelques rares occasions des seigneurs de guerre venaient trouver Björn pour qu’il leur déchiffre les runes. Ces petites pierres gravées étaient censées percer le voile des futurs possible. Transmises de génération en génération, le père de famille ne s’en séparait jamais.

Alors âgé de 16 ans ans, Dagmar était un jeune homme athlétique, de trois bonnes coudées et demi de hauteurs, à la peau tannée par le rude climat local. De longs cheveux bouclés blonds encadraient son visage, tandis qu’un tatouage ornait l’intérieur de son bras droit. Ce symbole, à présent l’un des emblèmes de notre illustre maison, était celui de ses ancêtres et de sa famille. Il l’avait obtenu lors de ses 15 ans, comme le voulait la tradition familiale marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte. À l’image de ces contrées nordiques, le jeune homme était calme, souvent laconique comme les steppes enneigées mais il pouvait aussi se révélait cinglant et glacial comme le blizzard. Baigné par la culture de ses parents, l’apprentissage était pour lui une source inépuisable de plaisir. À ses yeux la réussite s’offrait à qui s’en donnait les moyens et n’était qu’une question de volonté.

« Vouloir, c’est pouvoir. »

Un soir de pleine lune, alors que sa famille campait sur la route de leur prochaine destination, Dagmar vécut la plus terrible nuit de son existence. La journée avait pourtant commencé sous de bons auspices. Son frère et sa sœur avaient bondi de joie lorsqu’un majestueux oiseau bleuté les avait survolés en laissant derrière lui une longue traine de flocons de neige. « Un cryophoenix ! Un cryophoenix ! » scandaient-ils la voie tremblante. Cet animal mythique peuplait les récits de leurs parents où il n’apparaissait qu’aux valeureux. Moins expansif, Dagmar jubila en silence en se contenant de sourire les yeux brillants.
Plus tard, le repas commençait à peine quand surgirent trois hommes dans la lueur de la lune. Dagmar perçut immédiatement qu’ils n’étaient pas là par hasard. L’un d’entre eux s’adressa à Björn en exigeant qu’il lui remette les runes en sa possession. Le père refusa catégoriquement de livrer ses objets sacrés pour sa famille. Il hurla aux siens de s’enfuir. Dans un craquement d’os, les bandits se métamorphosèrent en Fenrir, de sadiques lycanthropes nordiques. Ce fut un massacre sanglant auquel seul le jeune Dagmar survécut. Voyant sa famille se faire dévorer, la rage le submergea, son tatouage se nimba de flammes bleutées et des éclairs foudroyants surgirent de ses doigts alors que les griffes de son assaillant lui entaillaient le visage en travers de l’œil gauche. Deux des Fenrirs moururent sur le coup. Le troisième fut projeté au loin et s’enfuit en jappant. Dagmar prit son courage à deux mains pour se lancer à la poursuite du survivant mais s’effondra, tétanisé, à cause de sa blessure. La lycanthropie l’envahissait… Alors qu’il agonisait, une lueur d’espoir apparut dans un bruissement d’ailes. Un cryophoenix ému par la bravoure et la volonté du jeune garçon vint se poser à ses côtés. La créature l’observa d’un regard perçant et versa délicatement quelques larmes sous la forme de flocons qui flottèrent jusqu’à la blessure. Le jeune homme hurla de douleur tandis que la plaie se couvrait de givre.

Quelques heures plus tard, Dagmar reprit connaissance, étourdi, seul et guéri. En se relevant il trouva une plume d’un bleu de givre. Un frisson parcourut ses doigts quand il la ramassa mais cela n’avait rien de commun avec le froid glacial qui poignarda son cœur lorsqu’il s’avança vers les corps de sa famille. Il aperçut le sac de runes, l’empoigna, l’observa un instant et le jeta plein de rage. Ces vieilles babioles venaient de lui faire perdre tous ses proches ! Déversées sur le sol, les runes se mirent à briller et léviter faiblement. Étonné, encore choqué, Dagmar s’abrita dos à un sapin.
Les runes retombèrent sur le sol au bout de quelques secondes. Curieux, le jeune homme s’approcha avec précaution quand la brume prit soudainement forme accompagnée d’une voie spectrale :

« Approche ! Viens vers moi. »

Le garçon sursauta et s’exclama :

« Montrez-vous ! Qui que vous soyez ! »

« Derrière toi mon garçon. Tu ne reconnais pas la voix de ton grand-père ? », répliqua la forme.

En voulant fuir, Dagmar trébucha et s’étala dans la neige fraiche. Le spectre approcha, ses contours se précisèrent et Dagmar reconnut Ragnar, le père de son père.

« N’aie crainte. Tout te sera expliqué. Notre famille est particulière. »

Sous le regard attentif et apeuré de son petit-fils, le grand-père se lança dans de vastes explications. Il lui apprit que leur famille comptait de nombreux « völurs », les sorciers scandinaves, et que, comme lui, Dagmar était l’un d’entre eux. Son père n’avait pas eu la chance de posséder ce don mais il lui avait transmis. Depuis des générations leurs pouvoirs reposaient sur la maîtrise des runes qui leur offrait des dons de divination, de nécromancie ainsi qu’une affinité avec la foudre. Leur tatouage familial permettait de focaliser cette magie et les protégeait contre les sorts les plus obscurs. Plus encore, une part des esprits des ancêtres de la famille étaient préservés dans ces petites pierres gravées afin de guider chaque nouvelle génération. À son tour Dagmar allait être formé. À cet instant tout cela lui importait peu. Tous les pouvoirs du monde ne paraissaient pas en mesure de lui ramener ses proches et il se résigna à leur offrir des funérailles dignes de ce nom. Dans une clairière isolée, non loin du drame, il édifia un vaste autel de bûches sur lequel il déposa les restes de ses proches. Malgré l’insistance de Ragnar il s’obstina à allumer le feu sans user de magie. La légende dit qu’il ne se reposa pas avant que la dernière braise ne fut éteinte. Marqué à vie par ces évènements, Dagmar proclama qu’il ferait tout pour éviter que son histoire ne se reproduise. Il ne lui fallut pas longtemps pour décider d’utiliser ces nouveaux pouvoirs afin de venger sa famille et de devenir le plus redoutable des magiciens chasseurs de lycanthropes. Rien n’arrêterait son ambition !

Une nuit, après un entrainement exténuant, il eut une vision. Il vit le Fenrir survivant voguant vers le sud sur un drakkar, entouré de guerriers germains armés jusqu’aux dents partant à l’assaut des restes de l’Empire romain. Il y entendit le prénom de sa cible : Sverre. À son réveil, il sut ce qu’il lui restait à faire pour accomplir sa quête. À son tour il devait s’infiltrer parmi les tribus guerrières, naviguer vers le sud lointain et éliminer cet être abominable. Guidé par Ragnar, il se mit en marche. Avant de quitter définitivement la forêt boréale pour rejoindre les plaines méridionales puis le littoral, le vieux spectre lui fit faire un détour vers un lieu alors tenu secret par les völur mais qui est à présent bien connu des sorciers d’Occident : la clairière d’Yggdrasil, « l’arbre monde ». Ce chêne hors-normes était alors à son apogée. Les érudits actuels, comme Siméon de Wurtzbourg, le considèrent comme l’un des exemples de proto-portoloin les plus anciens. Avec l’approbation froide des dökkalfars, les aelfes sombres dont on sait bien qu’il ne reste aujourd’hui que quelques représentants, le grand-père fantomatique fit prélever à Dagmar une fine branche de l’arbre vénérable. Il lui enseigna comment la transformer en une baguette rigide de dix bons pouces, à l’apparence anodine, dont le catalyseur serait la plume de cryophenix. L’apprenti völur était prêt pour affronter son destin.

Le mois suivant Dagmar embarquait sur un drakkar et quittait définitivement la Scandinavie sans le savoir. Avec son périple commença une vie d’aventure de plusieurs années qui lui permit de maîtriser et d’aiguiser ses capacités. Il ne nous est parvenu que très peu d’informations sur cette période de sa vie. L’on sait qu’il vivait régulièrement les atrocités perpétrées par Sverre durant ses songes. Et, mis à part l’épisode de la « trouée de Frise » où il utilisa sa baguette pour dissimuler dans la brume son équipage aux yeux des troupes du roi Ælle qui partait pour l’Angleterre, ou encore celui de la « terreur franque » où, sur la route du Cambrésis, il assista Clovis, un jeune prince franc appelé a resté dans l’Histoire, qui était aux prises avec un épouvantard. Cette époque reste très vague à nos yeux.
On retrouve les traces du fondateur de la maison lors de son arrivée à Saint-Quentin lorsque cette cité, qui portait encore le nom d’Augusta Viromanduorum, traversait de grandes difficultés. Elle ne profitait pas encore de la renommée de Quintinus qui lui donna son nom actuel ainsi que sa prospérité grâce au culte de ses reliques. Plusieurs chroniqueurs sorciers comme Odoacre de Lislet dans son Historia Francorum in Gallia Magia vers 490, Irénée de Beauvais dans son Maleficis artibus in comitatu Clovis en 532 ou même, bien plus tard vers 990, le moldu Dudon de Saint-Quentin dans son De moribus et actis primorum Normanniae ducum évoquent sa présence de manière équivoque ou implicite.
En pleine période de construction du royaume franc, la ville subissait régulièrement des assauts. Les pillages et les incendies étaient choses communes. Le dernier en date l’avait livrée à une bande venue du nord. Sverre était parmi eux, profitant du carnage pour se nourrir tout en
dissimulant ses traces. Dagmar le savait, il l’avait vu. Il s’engagea dans les troupes de Clovis pour reprendre la ville. Depuis toutes ces années jamais il n’avait été plus proche de son objectif. Il arriva dans la ville une nuit de pleine lune. Son tatouage le brûlait. Sverre n’était pas loin. Durant les combats il fut bousculé, son sac de runes s’ouvrit et se répandit sur le sol. Alors qu’il les ramassait, quelqu’un lui bondit dessus.
Il était repéré par son ennemi.

Le jeune völur dégaina sa baguette tandis que le fenrir se métamorphosait. La bataille s’engagea.
Dagmar tenta un sort de paralysie qui fut esquivé d’une parade sauvage. La créature se lança à sa poursuite toutes griffes dehors. Pour se protéger le garçon s’élança dans une ruelle étroite. En esquissant sèchement une rune, il renversa le contenu d’une charrette pour gagner du temps. Puis il s’engouffra dans une maison en flamme où il élabora un piège. Il jeta en l’air quelques runes qui lévitèrent immédiatement. En combinant plusieurs d’entre elles, il pressentit le parcours de son ennemi et dessina un motif complexe sur les quelques draps qui traînaient par là. L’aura rougeâtre d’une rune d’alerte lui indiqua qu’il était temps de quitter les lieux. Il s’échappa par la porte de derrière tandis que les runes regagnaient la bourse de cuir attachée à sa ceinture. Quand le lycanthrope rentra dans la maison, le filet l’emmaillota comme un nourrisson. Pendant ce temps, Dagmar avait contourné la maison. Il brandit sa baguette au moment où la créature se libérait.
La foudre se déchaina et fit s’effondrer l’édifice. Le loup fut broyé sous les décombres, seule sa tête immense en émergeait. Ses crocs déchiraient encore vainement l’air quand le völur l’acheva d’un geste sec de sa baguette.
Sverre retrouva sa forme humaine en expirant un dernier mot : « Merci ».
Ce n’était que le premier d’une longue liste…

Partager :
Temps de lecture : 11 minute(s)